01.04.2009
Malgré quelques défauts, le passeport biométrique est un progrès
Les Suisses sont réputés méfiants face à la récolte de données que la Confédération pourrait entreprendre. Les nouveaux documents d’identité en sont un exemple, plus ou moins imposés par les accords de Schengen. Ceux-ci auront la particularité d’être munis d’une puce RFID qui contiendra les données actuellement existantes en format numérique, agrémentées de deux empreintes digitales.
Le projet avait fait l’objet d’un large consensus au Parlement et il ne se trouvait aucun parti pour lance le référendum. C’est un groupe de citoyens – principalement d’extrême gauche – qui a utilisé les possibilités d’internet récolter les 50'000 signatures qui nous amèneront tous aux urnes le 17 mai prochain.
Les opposants arguent que les informations récoltées seront stockées dans une base de donnée fédérale. Si cela est vrai, il est important de rappeler que la Confédération pratique ainsi depuis 2003 pour nos bons vieux passeports analogiques, sans soulever de problème jusqu’alors. Si l’on ne peut que s’opposer avec conviction à un fichage de la population par l’Etat, les données des passeports biométriques ne sont pas suffisamment sensibles pour entrer dans cette catégorie: une photo, quelques informations de base (âge, taille, couleur des yeux, des cheveux), et les empreintes digitales. À peine plus détaillées qu’un bon bottin de téléphone et beaucoup moins précises que ce que chacun abandonne volontairement sur facebook, ces données ne peuvent servir qu’à contrôler la véracité d’un document d’identité, voire (et cela n’est même pas prévu) à établir plus facilement les suspects dans une affaire criminelle. Le nouveau passeport n’est pas une super carte cumulus qui contrôlera vos moindres faits et gestes. Peut-être que le terme « biométrique » fait peur, retrouvant le fantasme contemporain de l’eugénisme lié aux recherches en matière de génétique ? Rappelons simplement que l’empreinte digitale ne renferme pas de donnée personnelle, est plus précise tout en étant moins sensible qu’une photo quant à la préservation de l’anonymat de l’utilisateur. Et n’a rien à voir avec le fameux ADN.
Je m’étonne de constater à quel point les mêmes milieux peuvent se plaindre de l’atteinte à la sphère privée que constituerait l’enregistrement d’empreintes digitales, sans s’émouvoir une seconde de ce problème face à la fin programmée du secret bancaire. Ce dernier principe est pourtant davantage essentiel dans la protection de la personnalité de l’individu. Les risques d’atteinte de l’Etat contre la sphère privée sont largement amplifiés par un accès détaillé aux informations quant aux ressources de l’individu que par la forme du dessin du bout de ses doigts. À moins d’être un criminel, et encore…
À bien y réfléchir, le passeport biométrique présente quelques défauts pratiques. Son prix ou le fait que la technologie nécessite un regroupement des centres d’enregistrement. Globalement, il offre pourtant des garanties contre la falsification des documents d’identité et constitue un progrès indéniable dans la lutte contre le crime organisé et le terrorisme. Sans être parfaite, cette loi mérite d’être acceptée.
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