09.09.2008

Le chevalier vert

Le dernier Batman sur grand écran, voilà de quoi égayer cette fin d’été. Sans être un immense fan du genre, il faut reconnaître que le dernier opus des aventures du super héros est vraiment réussi.
Au-delà des explosions et des effets spéciaux à vous couper le souffle, le film cache une morale amusante. Dans cette histoire, le rôle de Batman est remis en question par la venue d’un nouveau procureur, très populaire et très carré dans ses choix. Un incorruptible. Celui-ci s’engage à nettoyer la ville de la mafia et régler une fois pour toutes le problème de l’insécurité. D’abord sceptique, Batman reconnaît finalement que son temps est passé et que sa ville a intérêt à s’appuyer sur un agent public sans peur et sans reproche. Batman finit même par déclarer «, ‘ je suis le héros dont Gotham avait besoin, il est le héros que Gotham mérite ».
Cette petite phrase m’a tout de suite rappelé une certaine initiative qui sera soumise au peuple et aux cantons le 30 novembre prochain. Vous l’avez deviné, je veux parler de la limitation du droit de recours des organisations. Le rapport avec Batman ne vous saute pas aux yeux ? Et pourtant ! En 1966, le Parlement fédéral avait accordé un droit de recours à 30 associations de protection de l’environnement pour faire appliquer le droit fédéral. Un peu comme aux débuts de Batman, le pays ne disposait pas des compétences et de l’administration pour réaliser les missions qu’il s’était attribuées au travers de sa nouvelle Loi sur la protection de la nature. Dans le film, il en allait de même : Gotham avait besoin d’un super héros pour pallier les carences sécuritaires de l’administration publique. En bref, dans un cas comme dans l’autre, il valait mieux confier des tâches publiques à des privés plutôt que de ne pas les remplir du tout.
Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Gotham s’est vue dotée d’une police digne de ce nom, avec à sa tête un procureur valeureux, prêt à reprendre en main le travail du super héros. En Suisse, les administrations fédérales et cantonales en matière d’aménagement du territoire, de protection de l’environnement, des eaux ou des forêts ont vu leur budget annuel cumulé passer de zéro à plus de 5 milliards de francs aujourd’hui. Dans un cas comme dans l’autre, l’administration publique s’est trouvé les moyens d’appliquer sa volonté.
Batman admet que son temps est terminé. Il vaut mieux confier les missions de police à des organismes transparents, surveillés par la puissance publique et soumis à un contrôle digne de ce nom plutôt que de le laisser dans les mains d’un héros obscur aux ailes de chauves-souris. Il serait heureux que les associations de protection de l’environnement reconnaissent que leur mission de super héros est désormais révolue. Plutôt que de défendre bec et ongles un droit d’exception mis en place à une époque où elles étaient les seules à avoir une vraie conscience environnementale, elles devraient se réjouir de constater le chemin parcouru et, enfin, passer la main. Comme Batman.

29.08.2008

Droit de recours: dantage d'emplois et de démocratie

Le droit de recours des organisations n’est accordé qu’à trente associations privées. Il n’est aujourd’hui pas du tout satisfaisant. L’initiative apporte donc les deux améliorations suivantes :
-    Pas de recours contre des décisions parlementaires. Lorsqu’un parlement statue, un long travail de consultation a déjà été réalisé avec l’aide de tous les services de l’administration. Cette phase dure de nombreux mois, voire des années. Les questions juridiques et environnementales sont abordées et les associations ont un rôle important à jouer dans ce processus. Les décisions parlementaires sont ensuite soumises au référendum facultatif. Les associations doivent intervenir pendant la phase de préparation, mais pas après un vote démocratique.
-    Pas de recours contre des décisions prises par le peuple. Lors d’une votation populaire, les acteurs politiques et les associations mènent campagne et exposent leurs arguments. Le peuple tranche souverainement. Comment justifier que des organisations privées puissent recourir contre des décisions pour lesquelles elles ont pu largement se faire entendre? C’est le rôle des autorités supérieures de contrôler la légalité des décisions prises, pas des associations privées.

Grâce à l’initiative, ces dérives seront supprimées. En revanche, les associations garderont un droit de recours plein et entier contre les décisions prises par un exécutif ou par une administration (décisions non soumises à referendum).

Voter Oui à l’initiative, c’est voter pour l’emploi et pour les PME
-    Le droit de recours bloque des milliards de francs d’investissements avec à la clef des milliers de postes de travail. L’initiative limitera ces blocages.
-    Notre économie sera renforcée. Les projets de construction pourront être planifiés dans un contexte stable. L’incertitude juridique est un frein majeur aux investissements. Seuls les projets qui bénéficient d’un soutien populaire échapperont aux procédures longues et coûteuses.

Voter Oui à l’initiative, ce n’est pas voter contre la nature : l’initiative n’affaiblit pas la protection de l’environnement, elle simplifie les procédures lorsque les décisions émanent du peuple ou de ses représentants.

L’initiative propose un juste équilibre entre la volonté du peuple et le droit des associations. Les associations garderont pleinement le droit d’agir, mais elles ne pourront plus s’opposer après coup à des décisions démocratiques. C’est pour ces raisons que le Conseil fédéral a soutenu l’initiative devant le Parlement. 

Plus d’informations: www.croissance.ch

26.08.2008

La reconstruction

J’ai visité 8 des 12 nouveaux pays membres de l’Union européenne. A part les routes défoncées, on retrouve systématiquement les grands panneaux indiquant les travaux de reconstruction financés par l’UE – et la Suisse. De tous ces pays, la Roumanie est sans doute celui où cette reconstruction est aujourd’hui la plus réussie. Ca sent l’Union, pourrait-on dire. A l’arrivée à la douane, une banderole invite les citoyens à contacter un numéro gratuit pour dénoncer toute opération de corruption. La corruption, la gangrène de l’Europe de l’Est. Visiblement, et selon les derniers rapports de la Commission, les Roumains ne s’en tirent pas trop mal, contrairement aux Bulgares qui ont vu s’envoler 500 millions d’euros de subventions à titre de mesure de rétorsion de Bruxelles.
A Galati, nous découvrons une gare flambant neuve, sans luxe superflu mais bénéficiant du confort moderne auquel tout voyageur devrait pouvoir s’attendre sur sol européen. Les trains sont agréables et neufs, roulent vite et sont non-fumeur.
Tout cela n’est rien en comparaison de Bucarest. La capitale a subit les assauts du « canon à pognon » de l’Europe : la vieille ville est en complète rénovation. Les rues sont pavées, les façades ravalées, l’éclairage public réinstallé. Les désastres de Ceausescu sont petit à petit effacés pour laisser apparaître une des villes les plus charmantes que j’ai eu le plaisir de visiter. Les enseignes occidentales s’étalent sur les terrasses de petits cafés aussi bobos que les coins les plus branchés du Marais parisien, pas un lieu public n’omet d’afficher fièrement son service Wi-Fi. Les travaux sont effectués par des entreprises espagnoles ou allemandes.

Ceux qui prétendent que l’Europe ne sert à rien devraient parcourir ce petit bout de trajet qui va de Kiev à Bucarest. Le point commun des deux Etats réside dans les fonds étrangers distribués pour réhabiliter ces immenses nations. La comparaison s’arrête là. La corruption régnant dans le pays de la révolution Orange se mesure au nombre de « Porsches Cayennes » stationnées à côté de vieilles Lada en décomposition. L’argent s’arrête dans la poche des fonctionnaires et de quelques investisseurs. La population, elle, ne peut que s’étonner des prix prohibitifs proposés dans les bistrots ukrainiens où une pression peut facilement dépasser les 10 francs suisses. Du côté roumain, pas de voitures de luxe, mais des milliers de Renault Logan – véhicule simple mais ô combien pratique. Pas (trop) de restaurants chers, mais un développement qui semble profiter à tous.
D’un côté du Danube, l’argent est investit. De l’autre, il est claqué. Et nul besoin de travailler pour la grande organisation continentale pour s’en apercevoir. Un bref coup d’œil révèle simplement ce qu’une Union forte peut faire dans un demi continent ravagé par cinquante ans de communisme : redonner l’espoir à un peuple martyrisé par un des pires dictateurs du siècle passé.