07.05.2010
Les cours d’Histoire vont changer… dans toute la Suisse romande !
Apprendre et connaître l’Histoire, une victoire du PLR Valaisan
Ce matin, le Grand conseil valaisan a accepté un postulat du PLR que j’ai déposé visant à modifier le contenu des cours d’Histoire dispensés aux écoliers. Trop souvent, les programmes se sont concentrés sur l’étude d’une époque très éloignée (préhistoire, antiquité) et ignoraient complètement l’étude des faits marquants du XIXe et XXe siècle qui influence pourtant d’une manière beaucoup plus forte et évidente notre quotidien.
L’ignorance dont souffre beaucoup de jeunes est aujourd’hui devenu un véritable handicap pour eux. Pour le PLR, il est inacceptable que des jeunes sortent de l’école obligatoire sans n’avoir jamais entendu parler des révolutions industrielles et soviétiques, des deux guerres mondiales ou encore de la guerre froide. Comment saisir la complexité du phénomène migratoire sans n’avoir jamais entendu parler de la colonisation ? Récemment, on a pu assister dans certaines régions à une montée des fanatismes de tout genre et la propagation des connaissances est certainement le meilleur moyen de lutte contre l’extrémisme.
Grâce au PLR, le Conseil d’Etat a aujourd’hui pour mission de proposer une modification du plan d’étude romand pour améliorer le contenu des cours d’Histoire. Etant donné les nouveaux accords intercantonaux, c’est en effet le programme scolaire de toute la Suisse romande qui devra évoluer pour atteindre ce standard minimum proposé par le PLR valaisan. Il reste à espérer que les Chefs de l’instruction publique romands soient suffisamment sensibles à cette question primordiale.
Le Conseil d’Etat et le Grand conseil acceptent mon postulat sur les cours d’Histoire. Le gouvernement s’engage même, étant donné que le plan d’étude est désormais romand, à travailler à une modification de tous les programmes romands !


Commentaires
Intéressant postulat.
Mais "le PLR" a la mémoire un peu courte. Pour les vaudois (je ne sais pas ce qui en était dans les autres cantons romands) qui comme moi ont du subir l'un des pires bouquin de falscification historique - le célèbre "Histoire Générale de 1789 à nos jours" - n'ont pas oublié qu'il a été écrit par un certain Georges-André Chevallaz, ponte vaudois du Parti Radical.
J'ai conservé précieusement mon exemplaire scolaire et le montrerai à mes enfants en leur expliquant qu'il s'agit-là d'un parfait exemple de ce qu'il ne faut jamais faire. Pour rappel, Chevallaz passe sous silence la collaboration Suisse avec les forces de l'Axe ce qui a eu comme fâcheuse tendance 30 ans après, de laisser la parole libre à une frange - heureusement minoritaire - d'ignorants qui se sont permis d'insulter les membres de la Commission Bergier et de dénigrer leur travail.
Vous avez raison Monsieur Nantermod, la connaissance est la seule voie contre les déviances fascistes que l'on observe aujourd'hui.
Ecrit par : Hannibal Barca | 07.05.2010
Si je vous suis sur l'ensemble de votre post, je dois dire que je le trouve tout de même un tout petit peu mesquin. L'écrite de l'Histoire et son interprétation a toujours été sujet de grands débats, et je tiens à souligner que ce ne sont pas les radicaux qui ont écrit l'Histoire Suisse, à la limite un bouquin d'Histoire.
Je rappelle quand même que la Commission Bergier a reçu le soutien de nombreux radicaux.
Ecrit par : Philippe Nantermod | 07.05.2010
Vous m'avez mal compris, je ne suis pas du genre à mettre tout le monde dans le même panier.
Vous êtes Valaisan, peut-être ne connaissez-vous pas l'histoire politique vaudoise et l'implication du parti radical dans son histoire. En ce sens, ils ont écrit l'histoire ! (Pour énormément simplifier, Vaud était une dictature - et je pèse mes mots - radicale jusqu'à il y a peu tout comme le Valais était PDC).
Le but de mon post était une simple pique... pour dire que lorsqu'on s'attaque à l'instruction publique (une fois de plus, vous avez raison d'amener votre pierre à l'édifice), il s'agit de se rappeler de ce qui a été fait avant. Dans le cas du Canton de Vaud, la médiocrité des élèves, aujourd'hui votants, pouvait très facilement être corrélée avec la médiocrité de ce livre écrit par un radical.
Rien de plus, rien de moins.
Ecrit par : Hannibal Barca | 07.05.2010
Le 7 mai 2010 restera donc une date à retenir dans nos livres d'Histoire.
Reconnaître que Philippe Nantermod est, dans le microcosme politique valaisan et suisse, un individu dont les qualités personnelles sont supérieures à la moyenne, est une sinécure.
Rien ni personne ne peut contester l'utilité de cette réforme. Et c'est là l'aspect émouvant de l'action établie. Accepter de manière si limpide; sans opposition réelle, ce postulat est une merveille d'exemple de ce qu'un parlementaire, fut-il suppléant, peut apporter de mieux à la population dont il est le représentant. Des fois la politique semble si simple. Il suffisait de demander pour recevoir!
Au fond, ce qui illustre le mieux ma pensée. C’est une phrase de Maurice Barrès :
"Certains hommes sont un accidents heureux pour leur pays. Ils sont l'inattendu intervenant au milieu de toutes les nécessités sociologiques; Ils agissent; leur états de conscience individuel balance, retarde, précipite, modifie un ensemble de faits sociaux."
Ecrit par : Romain Gabioud | 07.05.2010
@Hannibal
"contre les déviances fascistes que l'on observe aujourd'hui."
Chez vous c'est les mots qui sotn éléphantesques... @;-)
"Trop souvent, les programmes se sont concentrés sur l’étude d’une époque très éloignée (préhistoire, antiquité)"
La préhistoire??? Je trouve l'initiative intéressante, cependant c'est à l'Université que j'ai étudié la Préhistoire... Presque jamais à l'écoel. De fait il me semble surtout que ce qui manque c'est un enseignement de l'Histoire Suisse un peu plus poussé...
Ecrit par : Carlitos de Unmauno | 07.05.2010
Puissiez-vous, cher Monsieur, faire rétablir l'étude de l'histoire suisse à l'école primaire! Plus aucun élève ne sait par exemple qui étaient les Waldstättens...On préfère actuellement l'étude de l'évolution de l'agriculture à travers les âge!
Ecrit par : Duval | 07.05.2010
Oui l'histoire de notre pays....aussi, surtout et avant tout!
Ne serait-ce que pour tous ces enfants venus d'ailleurs, qui veulent s'intégrer dans un pays avec des règles, des principes et traditions propres, qu'il faut leur faire connaitre afin qu'ils puissent faire le choix d'accepter pour s'établir ensuite!
Comme toujours les bons fondamentaux, mais pour cela il faudrait aussi y avoir des professeurs d'histoire qui veuillent bien donner l'enseignement originel de notre pays....et c'est pas gagné!
Ecrit par : Corélande | 07.05.2010
C'est vrai que l'enseignement de l'histoire suisse n'est pas excellent. Mon expérience de l'école obligatoire (vd 1991-2000 sauf erreur) est la suivante:
Un enseignement relativement complet de la période moyenne-âgeuse de la Suisse (principalement le XIVe Siècle), avec Morgarten, Näfels, Sempach, etc jusqu'à Marignan. La Suisse d'Uri Schwytz Unterwald, l'arrivée de la confédération de Lucerne et tout et tout, les XIII cantons.
Mais plus rien sur ce qui suit. Un vague exposé sur le textile à Saint-Gall (au Gymnase, 2002). Mais rien sur le Sonderbund, rien sur la Constitution de 1848, et surtout, rien sur le XXe Siècle en Suisse. Bref Rien sur la Suisse moderne. Et d'ailleurs pas grand chose sur l'histoire moderne du tout. Alors que cette période cristallise tellement de chose...
Ecrit par : Mat | 07.05.2010
Excellente initiative, Philippe.
Ayant toujours été fan d'Histoire, je ne peux que t'approuver, même si la Préhistoire et l'Antiquité ne sont pas à négliger pour autant. Sans oublier la place d ela Suisse dans l'Europe et de l'Europe dans le monde. la culture ne peut plus être que nationale, comme ce fut le cas dans le passé.
Ceci dit, en tant que Français débarqué à Neuchâtel en 1960 à 6 ans, à l'époque où l'on enseignait effectivement encore l'Histoire suisse à l'école primaire, je dois reconnaître que ce fut pour moi une source d'enrichissements, et surtout cela m'a grandement aidé à me sentir aujourd'hui pleinement double national.
Je prépare aujourd'hui un documentaire historique sur la région franco-valdo-genevoise (qui engloba toute la suisse romande et au-delà, à plusieurs époques) et j'espère bien qu'il pourra être montré dans les cours qui seront réorganisés à ton initiative. L'image reste un fabuleux moyen d'apprentissage des bases, pour une génération qui n'as pas encore réglé son problème à l'écrit...
Je me permets tout de même de rappeler qu'il y aura un épisode bien plus délicat à négocier que la Mob et le Réduit National... Je pense aux batailles de Grandson et Morat, qui furent gagnées dans le sang par la "Ligue Alémanique" (Berne, Bâle, Strasbourg, Mulhouse, plus Zurich, Schwitz et Lucerne), soutenue par Vienne et Paris. Les vaincus, soutenus par Londres, sont les Bourguignons. Dont Chevallaz prit soin de gommer qu'ils étaient principalement composés de Vaudois, de Genevois, de Savoyards et de Franc-comtois, commandés par Henry de Neuchâtel et Jacques de Savoie. Alémaniques Fribourgeois et Hauts Valaisans en profitent pour se tailler un territoire aux dépens des francophones, de la Savoie en particulier. Il faudra attendre Napoléon pour que les francophones accèdent à l'égalité de droit sur leurs territoires...
En bref, à Morat, les descendants d'Allobroges romanisés métissés de Burgondes, parlant le franco-provençal, se sont fait rétamer par les descendants d'Helvètes mâtinés d'Alamans, germanophones... C'était il y a 5 siècles, il y a prescription, et la Confédération me semble aujourd'hui assez mûre pour affronter la réalité de son histoire en face. Ou bien ?
Ecrit par : Philippe Souaille | 07.05.2010
L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. L’Histoire justifie ce que l’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout.
Paul Valéry
Ecrit par : Christian Favre | 07.05.2010
@Mat
Vous avez eu beaucoup de chance, aujourd'hui toute cette période de l'histoire suisse n'est pratiquement plus du tout enseignée!
@Corélande
Il fut un temps où les instituteurs étaient formés pour cet enseignement...mais depuis l'introduction de la "nouvelle" formation des maîtres (à l'uni) plus rien!
Je parle de...Genève...
Ecrit par : Duval | 07.05.2010
Bravo! Vous avez raison d'en faire toute une histoire!... Car il s'agit d'un postulat qui ne va pas uniquement changer les cours d'Histoire, mais le cours de l'Histoire!
Mais il est dommage qu'il n'existe pas de cours de modestie, il semble que certains jeune souffrent d'ignorance sur ce plan également!
Ecrit par : Père Siffleur | 08.05.2010
Chapeau M. Nantermod, vous remontez dans mon estime. La bataille de Schindeleggi passe tout de même avant la découverte du coup de poing de Pratteln, m'a-t-il toujours semblé.
@Philippe Souaille : vous avez une lecture terriblement étriquée des guerres de Bourgogne, qui sent à plein nez son Vaudois frustré. Laupen, puis surtout 1476 et 1536 sont les dates qui ont permis d'arrimer l'ouest du Plateau à la Suisse, qu'y a-t-il à regretter là ??? Du reste je vous signale que Genève a toujours été anti-savoyarde, anti-napoléonienne et et pro-suisse à 100% !
Ecrit par : Franziskus Hochländer | 14.05.2010
L'idée que les anciens livres d'histoire cachaient la vérité ou interprétaient l'histoire suisse afin de la glorifier est un mythe. Avant guerre nous avions d'excellents historiens.
A titre d'exemple, extrait de l'Histoire de la Suisse de Maxime Raymond, 1931
c'est un peu long mais combien intéressant...
1. GUERRE DE BOURGOGNE CHARLES LE TÉMÉRAIRE
Le roi de France avait d'excellentes raisons de jeter les Suisses dans les jambes de Charles le Téméraire. C'était, plus encore que le roi d'Angleterre, son plus grand adversaire, l'obstacle principal à sa politique.
Né en 1433, Charles, comte de Charolais, prince beau, intelligent, cultivé et somptueux, fort entreprenant, avait succédé à son père Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et il en avait repris les projets ambitieux. Ces projets consistaient dans la résurrection du royaume de Bourgogne, sur un plan nouveau. Les Etats du duc comprenaient deux groupes essentiels, la Bourgogne et les Flandres. Au nord, tout le vaste territoire s'étendant de Lille à La Haye, de la mer au Luxembourg; au sud, la Franche-Comté et le duché de Bourgogne proprement dit. Pour ce dernier duché, Charles le Téméraire était vassal du roi de France. Pour la Franche-Comté, les Flandres, le Luxembourg et la Frise, il relevait de l'empereur d'Allemagne. I1 voulait se rendre indépendant de l'un et de l'autre, et réunir ses deux groupes d'Etats en un seul par l'annexion de la Lorraine, qui formait un duché distinct, mouvant de la couronne de France. L'empereur d'Allemagne, Frédéric III, l'encourageait dans son projet. Il avait une arrière-pensée. Le duc Charles n'avait qu'une fille, Marie, fiancée à
son fils, l'archiduc Maximilien. Si le projet aboutissait, il devait finalement faire tomber tout le nouveau royaume dans les mains de Maximilien. Le projet était déjà ancien. Du temps de Philippe le Bon, en 1462, une bulle du pape Pie II dit que l'empereur est disposé à accorder au duc l'investiture royale avec le vicariat impérial sur tous les territoires de l'empire de langue française au delà du Rhin. Frédéric III confirma cette promesse en 1469, et même, en 1473, il aurait accordé au duc le titre de roi des Romains, ce titre devant passer après lui à l'archiduc Maximilien. Cependant, le projet de mariage avait été rompu en décembre 1473, et dès lors, les promesses impériales ne tenaient plus.
Quelle que fût la valeur de ces promesses, quel que fût le degré de connaissance qu'en pût avoir le roi de France, celui-ci ne se trouvait pas moins en présence d'un fait certain, connu: les aspirations à la royauté du duc de Bourgogne. Un Etat indépendant, allant de Bruxelles et Lille jusqu'à Besançon et Dijon en passant par Nancy, détachait définitivement la Bourgogne de la France, lui enlevait la Lorraine, coupait court à toute politique française sur le Rhin. Sur ce dernier point, le traité de Saint-Omer de 1469 par lequel le duc Sigismond d'Autriche engageait une partie de l'Alsace au duc de Bourgogne, devait inquiéter le roi. Aussi trois mois après, Louis XI déclarait à une ambassade suisse dirigée par Nicolas et Guillaume de Diesbach, de Berne, que jamais il ne pourrait oublier les offenses personnelles et humiliantes que le duc de Bourgogne lui avait infligées. I1 ne devait négliger aucune occasion d'irriter les Suisses contre le Bourguignon, et c'est dans ce but évidemment que, le 1er août 1470, il renouvelait avec les Confédérés l'ancien traité d'alliance. L'année suivante, il faisait payer 3000 livres à chaque canton suisse, « afin qu'ils fussent plus disposés a le servir », et ces sommes étaient distribuées à ses meilleurs partisans, Nicolas de Diesbach, de Berne, et Jost de Silinen, prévôt de Beromunster. C'est dans le même but que le roi avait favorisé la réconciliation du duc Sigismond avec les Confédérés, afin que ceux-ci, délivrés de la menace autrichienne, pussent se jeter librement sur l'Alsace et sur les possessions bourguignonnes.
Le duc de Bourgogne, cependant, ne manifestait aucun sentiment d'hostilité aux Confédérés. En 1467, il avait conclu un traité d'amitié et de neutralité avec les villes de Berne, de Fribourg, de Soleure et de Zurich, et en mars 1474 encore, à la veille de la guerre, deux de ses envoyés, le chevalier Henri de Colombier, seigneur de Vullierens, et Jean Allard, allaient à Berne et dans les autres villes suisses affirmer « les grandes et anciennes amitiés et bons voisinements, qui, de tous temps, ont été entre la maison et les pays de Bourgogne et les Confédérés; que l'acquisition des pays de Ferrette et de l'Aussoy (l'Alsace) n'avait point eu lieu dans des vues préjudiciables aux Suisses, mais, tout au contraire, à leur grande fortification et sûreté; qu'enfin le seigneur duc entendait vivre en toute paix et bon voisinement avec eux ». A Berne -- Nicolas de Diesbach étant absent et le chevalier Adrien de Bubenberg combattant l'alliance française - les délégués du duc reçurent même un accueil bienveillant. Mais la partie décisive se jouait ailleurs.
Le 3o mars 1474, à Constance, sous l'inspiration du roi, les Confédérés concluaient avec l'Autriche l'alliance perpétuelle. Dès le mois d'août, les ambassadeurs français, et c'était Nicolas de Diesbach et Jost de Silinen, arrivaient en Suisse, promettant une pension annuelle de 20’000 francs à chaque canton, un versement immédiat de 2o.ooo francs aux chefs confédérés partisans de la France, plus une solde de 8o.ooo francs pendant le temps de guerre. Le 6 septembre 1474, la diète suisse à Lucerne se laissa convaincre, et le 6 octobre l'alliance des Confédérés avec le roi Louis X I contre le duc de Bourgogne était conclue.
L'affaire avait été menée essentiellement par la députation bernoise. I1 ne faudrait cependant pas conclure que celle-ci avait été purement et simplement achetée. Il faut examiner de plus près la politique bernoise, et nous verrons mieux pourquoi les Confédérés furent entraînés dans la guerre contre le duc de Bourgogne, et comment celle-ci fut rapidement détournée de son objectif naturel, l'Alsace et la Franche-Comté, pour porter essentiellement sur le pays de Vaud.
2. BERNE ET LA SAVOIE
Depuis longtemps, les Bernois convoitaient le pays de Vaud, riche en blé et en vin, « source de leurs vivres », écrit un contemporain. Après s'être servis des comtes de Savoie pour se débarrasser des Habsbourg, après les avoir même aidés en 1448 à enlever la ville de Fribourg au duc d'Autriche, ils en étaient venus à désirer occuper un pays qui, en dehors même de son intérêt économique, commandait à la fois leurs relations avec Genève et la vallée inférieure du Rhône, et la route du Milanais et de l'Italie à la Bourgogne et à la France. Le 8 septembre 1474, alors qu'il ne pouvait connaître encore les décisions de la diète de Lucerne, l'évêque de Genève demandait aux syndics de la ville une levée de 2000 hommes, « pour empêcher que le pays de Vaud ne se perde, les Bernois voulant s'emparer par la force de Sainte-Croix ». L'évêque de Genève, Jean-Louis de Savoie, était le beau-frère de Yolande de France, duchesse de Savoie, et l'un de ses conseillers.
Peut-être même que l'ambition des Bernois - et des Fribourgeois dans toute cette affaire .- allait plus loin, et visait une mainmise sur la Savoie elle-même. C'est pour ce motif que, dès le début, on les voit s'immiscer dans les conflits qui, à cette époque, divisèrent les fils du duc Louis et les mirent en opposition particulière avec l'un d'entre eux, Philippe, comte de Bresse, dit Philippe sans Terre, que son caractère avait fait mettre à sa légitime, comme on dirait aujourd'hui. Philippe, qui servit successivement le roi de France et le duc de Bourgogne, avait les sympathies manifestes des Bernois.
En juin 1471, Philippe avait tenté un coup de main sur Chambéry, où agonisait son frère Amédée IX, s'emparant de la ville, forçant la duchesse Yolande à fuir à Genève. Celle-ci avait demandé le secours de son frère, le roi Louis XI, et les troupes françaises avaient occupé Chambéry. Mais les Bernois et les Fribourgeois étaient intervenus, avaient obligé la duchesse Yolande à congédier les Français et à subir un gouvernement constitué par eux, avec le comte de Bresse comme lieutenant général. L'année suivante, Amédée IX étant mort, laissant le trône à un enfant de sept ans, sous la régence de sa mère, Philippe sans Terre avait protesté et la duchesse avait cherché une fois de plus au dehors des appuis contre lui et les Bernois qu'elle sentait derrière. Elle n'osa se confier à Louis XI, n'ayant nulle foi en la loyauté de son frère, dont elle connaissait les desseins ambitieux visant la Savoie elle-même. Elle se tourna d'abord vers le duc Galéas-Marie Sforza de Milan, son beau-frère, qui prit bientôt des allures de maître, puis vers le duc de Bourgogne, engagé depuis 1467 avec la Savoie par un traité qu'elle renouvela en juin 1473, au moment où le ciel bernois s'embrunissait. Ses beaux-frères l'évêque de Genève, Janus de Genevois et Jacques de Romont, prirent la même détermination. Pour Jacques de Savoie, la chose allait de soi. Il était devenu presque complètement bourguignon en épousant Marguerite de Luxembourg qui lui avait apporté de gros biens en Artois et en Flandre. Marguerite était la petite-fille du connétable de Saint-Pol, qui en secondes noces avait épousé Marie de Savoie, la propre sœur de Jacques. Puis le comte de Romont avait suivi le duc de Bourgogne dans ses guerres. II était avec lui au siège de Liége, et, depuis le début de l'année 1474, il était son lieutenant général et gouverneur en Artois et en Picardie.
Le comte de Romont avait reçu en apanage le pays Vaud, lorsque le duc Louis avait eu la fâcheuse idée de démembrer ses Etats entre ses fils. Ce pays, constitué en baronnie autonome en faveur d'une branche cadette de la maison de Savoie dès 1291, avait été racheté par le comte Amédée V en 1357, et dès lors réuni directement à la couronne, avec un bailli spécial siégeant à Moudon. Le duc Amédée IX n'était pas satisfait des morcellements du duché effectué en faveur de ses frères, aussi le comte de Romont n'entra-t-il en possession que par bribes : en 1467 les châtellenies de Romont, Rue, Moudon, Estavaver, Yverdon, Cossonav, Morges et Nyon; en 1471, celles de Morat, Payerne, Grandson, Sainte-Croix, Montagny-les-Monts, Les Clées et Corbière. Ce qui est remarquable dans cette disposition, c'est que le duc avait retenu jusqu'au dernier moment le front bernois et les châtellenies qui commandaient aux passages du Jura.
Quoique fonctionnaire de la cour de Bourgogne, le comte de Romont n'entendait pas plus que son maître, pas plus que la duchesse de Savoie, rompre avec les Suisses. D'après la chronique de Schilling, il s'était rendu à Berne en février-mars 1473, exposant au Conseil de la ville « qu'étant obligé par honneur et devoir de s'éloigner de son pays, et étant donné l'alliance étroite existant entre la ville de Berne et la maison de Savoie dont il était membre, il demandait au Consul de placer sous sa sauvegarde ses domaines et ses vassaux, promettant de ne rien entreprendre contre les intérêts de la ville, et de ne rien laisser entreprendre de semblable ». Schilling rapporte que cette garantie - dont les manuscrits du Conseil inspirés par Nicolas de Diesbach ne portent aucune trace -- fut accordée par les bourgeois, qui avaient accueilli le comte avec beaucoup d'honneurs. Il résulte clairement de tout ce qui précède que ni le duc de Bourgogne, ni la duchesse de Savoie, ni le comte de Romont n'avaient d'intention hostile aux Suisses. Charles le Téméraire, parce qu'il n'avait aucun intérêt à froisser ces derniers au moment où il s'avançait dans la Haute-Alsace, dans des biens hypothéqués par le duc d'Autriche; la duchesse Yolande et le comte de Romont, parce qu'ils avaient tout à redouter des Bernois et des Fribourgeois. Mais au bord de l'Aar, comme au bord de la Sarine, l'occasion paraissait bonne pour s'étendre du côté du Léman : dans l'état d'esprit du temps, il était aisé de provoquer un casus belli. De telle sorte que l'or français, s'il fut utilement distribué, ne fut qu'un stimulant à une orientation que l'on pouvait déjà entrevoir, dans l'évolution logique d'une habile politique.
Les autres Confédérés n'avaient pas les mêmes raisons que Berne. Le sort de la Savoie et du pays de Vaud n'intéressait en aucune manière ni les Waldstatten, ni même la ville de Zurich. En revanche, ils n'avaient pas ratifié l'alliance conclue en 1469 avec le duc de Bourgogne et signé au contraire l'année suivante celle avec la France recommandée par le prévôt lucernois Jost de Silinen, fonctionnant ouvertement comme ambassadeur de Louis XI et dispensateur de ses largesses. Puis la ville de Bâle, qui ne faisait pas encore partie de la Confédération, mais était déjà étroitement mêlée à ses décisions, avait tout à redouter qu'en Alsace, l'autorité d'un duc actif et ambitieux comme l'était Charles le Téméraire ne se substituât à la domination caduque de Sigismond. La ville de Bâle était une de celles qui s'étaient engagées à rembourser l'hypothèque consentie par le duc d'Autriche; elle entendait bien en retirer profit. La ville de Soleure devait forcément marcher dans les sillons parallèles de Berne et de Bâle.
En fait, le désir du duc de Bourgogne de se constituer un royaume entra pour peu de chose dans les décisions des Suisses. Ils savaient qu'après l'avoir encouragé, l'empereur Frédéric III s'était retourné contre lui à la suite de l'échec des négociations de mariage entre Marie de Bourgogne et Maximilien d'Autriche, et les adversaires de Charles le Téméraire l'avaient désormais comme allié. Immense et singulièrement hétérogène coalition que celle qui groupait le roi de France et l'empereur, le duc d'Autriche et les Confédérés. Ce qu'il faut remarquer, c'est que si Louis XI était le véritable inspirateur de cette coalition, il n'y mettait que de l'argent, mais pas d'hommes. C'est d'autres qu'il allait faire tuer pour ses intérêts. Les Bernois étaient consentants. Si dans le traité public avec les Confédérés, il s'était engagé à les soutenir de toutes ses forces contre le duc Charles, dans une convention secrète, conclue à leur insu, Nicolas de Diesbach admettait que ce secours ne fût donné qu'en cas d'extrême nécessité.
3. LE DEBUT DE LA GUERRE: HÉRICOURT
C'est en Alsace que les hostilités commencèrent. Le duc d'Autriche, après s'être lié aux Confédérés et à la ligue des évêques et des villes de Bâle et d'Alsace, avait dénoncé le traité de Saint-Omer le 6 avril 1474. Dans la semaine même, les bourgeois de Brisach se soulevaient contre le bailli Pierre de Hagenbach, qu'ils accusaient d'excès de pouvoirs et de cruautés diverses, se saisissaient sa personne, et le lundi de Pâques 11 avril le faisaient juger par un tribunal ad hoc lequel le condamnait à mort le 9 mai suivant, et le faisait décapiter séance tenante. Immédiatement après la chute du bailli, le duc Sigismond arrivait à Bâle avec 400 Confédérés volontaires, et allait reprendre possession des territoires qu'il avait hypothéqués à la Bourgogne. Le surlendemain, la ville de Bâle déclare officiellement la guerre à Charles le Téméraire.
Le duc de Bourgogne ne riposta que par l'envoi d'une petite troupe qui a1la dévaster le comté de Ferrette, légitimant la déclaration de guerre de la ville de Bâle. C'est qu'il venait de s'engager dans un conflit entre l'archevêque de Cologne et son chapitre qui l'amena à faire dès le 29 juillet le siège de la ville de Neuss, erreur politique qui donna à l'empereur Frédéric III l'occasion de lui déclara à son tour la guerre, Neuss étant ville impériale.
Les Confédérés n'entrèrent en guerre que le 25 octobre, lorsque le roi de France, eut mis tout le prix nécessaire à leur concours, et obtenu d'eux en compensation la fourniture de 6000 mercenaires dans toutes ses guerres. Les Bernois furent chargés de la déclaration officielle. Elle disait simplement que les Confédérés obéissaient à l'appel de l'empereur, motivé par le siège de Neuss, et à la demande du duc d'Autriche. Elle ne disait pas un mot de leurs intentions particulières.
Tout de suite, 8000 Confédérés se mirent en marche, en direction de la Franche¬Comté. Ils furent rejoints par 10’000 Autrichiens, Bâlois, Rhénans et Souabes commandés par le comte de Tierstein, et mirent le 8 novembre le siège devant la forteresse d' Héricourt, sur la Lisaine, qui commandait la route d'Alsace en Bourgogne. Le siège aurait pu se prolonger si le comte de Romont, qui était précisément occupé à regrouper une armée dans la région, n'avait envoyé, 5000 hommes disent les uns, 12’000 hommes disent les autres, au secours du sire Henri de Neufchâtel, le défenseur d'Héricourt. Les Suisses allèrent immédiatement à la rencontre de cette armée (13 novembre) et n'eurent pas de peine à la mettre en déroute. Un récit bernois raconte que 1600 ennemis tombèrent sur le champ de bataille, déjà couvert de glace, tandis que les Confédérés n'eurent que peu de morts. Héricourt céda ensuite sans résistance, et les Suisses rentrèrent chez eux, chargés de butin.
Pendant ce temps, le chevalier Rodolphe d'Erlach, châtelain de Cerlier pour Guillaume de Chalon, prince d'Orange, gentilhomme bourguignon, livrait la place (27 octobre) sans combat à ses compatriotes bernois, et quelques semaines plus tard, les Fribourgeois s'emparaient des seigneuries d'Illens et d'Arconciel, appartenant à Guillaume de la Baume-Monrevel, un autre conseiller du duc de Bourgogne.
C'est alors que Berne dévoila ses plans. Le comte de Bresse, Philippe de Savoie, et le comte de Gruyère, maréchal de Savoie, l'un et l'autre amis de Berne, lui demandèrent de ne pas toucher aux terres de la Savoie, la duchesse, comme le comte de Romont, désirant demeurer neutre dans le conflit. Les Bernois posèrent leurs conditions .
1. . Que la duchesse déclarât la guerre au duc de Bourgogne.
2.. Qu'elle laissât librement circuler les bandes suisses dans son duché.
3. Que le comte de Romont fût rappelé, lui et ses gens.
4. Que l'évêque de Genève payât une amende de 12’000 florins pour avoir
arrêté, à la Noël, Nicolas de Diesbach et Jost de Silinen, qui revenaient d'une mission secrète auprès de Louis X I .
5. Que jusqu'au paiement de cette somme, la duchesse mît en gage aux Bernois et aux Fribourgeois les villes de Morat et dl'Yverdon, ainsi due les châteaux d'Orbe et de Grandson appartenant à Hugues de Chalon, seigneur de Château-guyon, et celui de La Sarra, dont le seigneur, Guillaume de Montferrand, avait un fils au service de Bourgogne, et un gendre, Adrien de Bubenberg, dans le parti bernois anti-français.
Ces conditions furent discutées à Lausanne dès le 21 janvier 1475, en présence des ambassadeurs des deux villes, des mandataires de la duchesse et des représentants des villes vaudoises. On ne parvint pas à s'entendre. La duchesse fit intervenir le duc de Milan son beau-frère et même, semble-t-il, son frère Louis XI. Celui-ci songeait bien à mettre un jour la main sur le duché de Savoie, et n'entendait pas le laisser accaparer par les Bernois ; il fit savoir qu'il ne le tolérerait pas, admettant simplement qu'une correction fût donnée à sa sœur, pour avoir laissé passer des bandes lombardes du Milanais en Bourgogne.
Les négociations traînaient, lorsque l'âme du parti de la guerre, à Berne, brusqua la situation. A la tête d'un corps franc levé par lui, Nicolas de Diesbach fit mine de se diriger sur la Franche-Comté, s'empara de Pontarlier, puis, revenant sur Neuchâtel, y reçut d'importants secours de Fribourg, de Soleure et même de Bâle et de Lucerne, et pénétra brusquement dans le pays de Vaud, prit le 1er mai le château de Grandson, brûla ceux de Montagny et de Champvent, le premier aux Chalon, le second aux Vergy, autres Bourguignons, et mit enfin le siège devant le château d'Orbe, que défendait le chevalier Nicolas de Joux avec trois ou quatre cents hommes. Celui-ci déclara fièrement qu'il aimait mieux mourir que de faire comme ceux de Grandson. Au bout de deux jours, grâce à leur artillerie, les Bernois parvinrent à pénétrer dans la place, après un sanglant corps à corps. Nicolas de Joux se réfugia dans le donjon avec ses derniers braves. Il y fut rejoint, et fut tué d'un coup de hallebarde qui lui fendit 1a tête en deux. Ses compagnons furent chaplés ou jetés hors des remparts, afin d'apprendre aux Bourguignons à voler sans ailes ».
Orbe pris, le château d'Echallens, puis celui de Jougne, qui tous deux appartenaient aux Chalon, tombèrent sans résistance. Nicolas de Diesbach ne poussa pas à ce moment plus loin. I1 rentra à Berne avec ses hommes par Yverdon, Estavayer et Payerne.
Orbe et Jougne relevaient du duché de Bourgogne, mais les autres possessions des Chalon de celui de Savoie. Aussi, la duchesse protesta-t-elle de nouveau, mais sans résultat. Tout ce qu'elle obtint, ce fut d'être épargnée pour le moment.
A quelque temps de là, Nicolas de Diesbach lança une autre expédition en Franche-¬Comté, mais il fut atteint devant Blamont d'un mal contagieux auquel il succomba en juillet, emportant avec lui une lourde responsabilité.
Durant toutes ces opérations, le duc de Bourgogne n'avait pas réagi. C'est qu'il était toujours devant Neuss, et que les événements prenaient une tournure nouvelle. Le 9 juin, il avait fait la paix avec l'empereur, acceptant de nouveau le mariage de sa fille avec l'archiduc Maximilien, et le 13 septembre, il concluait même une trêve de neuf ans avec son mortel ennemi Louis XI. Celui-ci se montra, dans ce traité, maître en fourberie. Non seulement il abandonna les Suisses, s'engageant à ne leur donner aucun secours en cas de guerre contre le duc Charles, mais il autorisait celui-ci à reprendre l'Alsace et à marcher contre les Confédérés, si ceux-ci voulaient continuer à défendre Sigismond d'Autriche. C'est que, connaissant parfaitement les Suisses, y ayant toujours des intelligences décisives Petermand de Wabern avait remplacé à Berne Nicolas de Diesbach - il savait bien que les Suisses ne reculeraient pas. Il ne s'était point trompé. Lorsque, immédiatement après, Charles le Téméraire voulut engager des négociations de paix avec Berne, celle-ci le renvoya dédaigneusement à la diète qui devait se réunir le 26 septembre à Lucerne, mais qui ne s'occupa pas un instant de cette proposition.
4. LA DEVASTATION DU PAYS DE VAUD
Les Bernois entendaient au contraire précipiter les mouvements, pour empêcher les Bourguignons de concentrer leurs forces. Les offres de paix du duc Charles étant demeurées sans résultat, celui-ci chargea le comte de Romont d'alarmer le pays de Vaud. Le comte convoqua les milices de son domaine pour le 16 octobre 1475 à Lausanne. Mais ce jour-là déjà, il reçut la déclaration de guerre des Bernois, datée du 14. Parmi les prétextes invoqués, figurent l'arrestation de huit soldats bernois à Baulmes, l'attaque aux Clées de deux commissaires fribourgeois qui étaient allés inspecter les places prises, la capture, le 1er octobre, entre Lausanne et Morges, de deux chars de peaux de moutons appartenant à des marchands de Nuremberg qui furent arrêtés, et enfin l'appui que le comte de Romont avait donné à Héricourt et ailleurs au duc de Bourgogne qui l'aurait fait son lieutenant général en Franche-Comté.
Le comte de Romont n'eut pas le temps de se défendre. Le samedi 14 octobre, le jour même de la déclaration de guerre, une armée bernoise, commandée par Petermand de Wabern, s'emparait de Morat où la rejoignait l'avoyer fribourgeois Raoul de Vuippens avec trois cents des siens. Elle continua en s'emparant d'Avenches qui appartenait à l'évêque de Lausanne étranger au conflit, puis de Payerne où les sympathies pour les Confédérés étaient très vives. De là, elle alla mettre le siège devant Estavayer. La population résistant, les Bernois prirent de force la ville, la pillèrent, l'incendièrent et en massacrèrent les habitants (17 octobre). « Tout fut haché et chaplé », dit un chroniqueur, d'ailleurs suspect. Néanmoins le contingent soleurois arrivé le lendemain, fit son entrée à Estavayer au milieu des ruines fumantes et des cadavres. L'armée, que grossissait sans cesse de nouveaux contingents venus même de Zurich, poursuivit sa marche tragique sur Yverdon qui ne résista pas, sur les Clées, dont Pierre de Cossonay avait la garde. La garnison se défendit courageusement, mais, décimée, dut se rendre. Des prisonniers, les uns furent exécutés le lendemain à Orbe, les autres étouffés dans un cachot. Le château de La Sarra fut à son tour pris, pillé et brûlé. Moudon, Cossonay, Aubonne, Morges se rendirent sans combat, évitant le pillage par le paiement d'une contribution de guerre. Lausanne évita la soldatesque en payant 5’200 florins . Le reste du pays suivit, terrorisé. Les Confédérés poussèrent même dans la direction de Genève, et seule l'opposition des Fribourgeois empêcha les Bernois de l'attaquer, mais elle dut payer une rançon de 28’000 écus. L'armée confédérée rentra à Berne le 2 novembre, après avoir pris 16 villes et 43 châteaux, et ramassé un butin formidable. Un acte émanant de l'official de Lausanne expose que, pendant le mois d'octobre 1475, les deux tiers des habitants du pays de Vaud furent dispersés ou durent s'enfuir, que la vigne et les champs furent ravagés, les maisons incendiées et détruites, les gens massacrés sans distinction de sexe, d'âge et d'état, et réduits à la mendicité. Pendant ce temps, des Hauts-Valaisans alliés envahissaient la région romande et savoyarde de la vallée jusqu'à Conthey, battaient les Savoyards à la Planta (13 novembre) et s'emparaient de Martigny, tandis que les hommes du Gessenav descendaient sur Aigle et sur Vevey et s'y livraient à un premier pillage.
Ces violences étaient voulues, et d'ailleurs, hélas, conformes aux pratiques du temps. Dès le 21 octobre 1475, le Conseil de Berne avait enjoint à ses hommes d'éviter tout sacrilège et toute agression sur des prêtres, mais de saccager et de raser toutes les villes, châteaux et villages du pays, qui se trouveraient sur leur chemin, afin d'affamer l'ennemi et de l'empêcher de revenir. Le 17 mars 1476, la diète de Schwyz ordonna de ne pas faire de prisonniers, mais de tuer tout le monde possible, hormis les jeunes pages et les prêtres.
Aussitôt après la conquête, les Bernois et les Fribourgeois se mirent à administrer le pays conquis. Le chevalier Rodolphe d' Erlach en devint capitaine général, avec Humbert de Glane, seigneur de Cugy, comme bailli de Moudon. Celui-ci convoqua les Etats de Vaud pour le 24 novembre, afin d'en recevoir un serment de fidélité et de l'argent. Humbert Cerjat, seigneur de Combremont, le plus important des notables de Moudon, réclama la confirmation des franchises des villes et l'exemption des subsides, le pays étant trop dévasté, et réserva finalement les droits du duc de Savoie. Les Confédérés maintinrent leurs prétentions.
Cependant, le pays était conquis, mais non soumis. Le 21 décembre, le bailli Humbert de Glane notait les dispositions hostiles de la région de Lausanne à Nyon, et aussi de la Broye où l'influence d'Humbert Cerjat restait très forte Il signalait le bruit que le comte de Romont était revenu secrètement dans le pays. C'était sans doute inexact, mais à l'expiration d'une trêve convenue avec le duc de Bourgogne le 12 novembre, dès le 1er janvier 1476, le prince savoyard réapparut avec une avant¬garde, suivi de près par le duc Charles en personne qui avait quitté Nancy le 11 janvier, et pénétrait lui-même en février dans le pays de Vaud. Il est à Orbe le 13 février, tandis que Jacques était rentré la veille dans sa bonne ville de Romont, après avoir passé par Lausanne.
Prudemment, d e v a n t une armée que l'on évalue à 11 à 12’000 hommes, les troupes bernoises avaient évacué tout le pays, sauf Grandson où tenait une garnison renforcée de celle venue d'Yverdon. Le duc alla l'assiéger. On raconte qu'un gentilhomme à son service, le capitaine Ronchamp, chercha à tromper la garnison en lui offrant la vie sauve. Mais le duc ne voulut rien promettre et exigea la reddition sans réserves. Le 28 février, les Suisses capitulèrent. Charles ordonna que tous, au nombre de 412, fussent pendus ou noyés. « C'est un affreux et épouvantable spectacle que tous ces pendus, écrit l'ambassadeur milanais Paniearola, qui se trouvait au camp ducal, mais Sa Seigneurie espère que cela inspirera de la crainte aux Suisses. Elle est toujours résolue à marcher contre ceux-ci, et elle prépare une fin pareille à tous ceux dont elle s'emparera, si nombreux qu'ils soient. » Dès le 1er mars, les Suisses accusent le duc de félonie, mais elle n'est point prouvée, car il est certain qu'il n'avait rien promis, et il s'était borné à appliquer très durement l'une des plus cruelles lois de la guerre de l'époque.
La suite est connue...
Ecrit par : Christian Favre | 15.05.2010
Petite erreur...Maxime Reymond avec e et non a.
Ecrit par : Christian Favre | 16.05.2010
L’histoire est certainement ce qu’il y a de plus compliqué à enseigner pour la simple raison qu’il est quasiment impossible de dissocier histoire et politique. Cela les militants de tous poils le savent parfaitement et se servent copieusement de cette faculté pour introduire leur idéologie dans les écoles. Vous pouvez interpréter et décrire un fait historique de plusieurs façons, par exemple sur les achats d’or à l’Allemagne. Vous pouvez dire que le seul but était de 1 : s’enrichir, 2 : aider l’Allemagne nazie, terminé. Vous pouvez aussi dire qu’en situation de guerre l’autorité doit choisir entre deux maux le moins mauvais, ainsi sans couverture or plus de franc suisse, donc plus de CICR, plus d’achats, plus d’aide à la résistance française, pas de soutien au dollar, plus rien. Vous pouvez aussi souligner que les Alliés avaient eux aussi acheté de l’or nazi (Banque des règlements internationaux).
Chaque courant politique essaie de tirer la couverture de son côté, il est manifeste par exemple qu’un peuple de bergers qui s’est libéré seul, sans idéologues, est épouvantable... pour les idéologues.
De même, et c’est le but de l’intervention de Philippe Nantermod, les radicaux aiment à souligner leur grandiose épopée du 19è siècle et l’apport incontestable de la Révolution à la démocratie suisse. En oubliant que la mascotte des révolutionnaires c’était…Guillaume Tell !
Maintenant l’idée de gommer l’histoire du pays antérieure à la Révolution est une hérésie totale, parler enfin correctement de l’histoire du pays post Révolution est une excellente idée.
Mais on n’y arrivera jamais sans l’aide des véritables historiens, c’est-à-dire ceux qui sont passionnés d’histoire et politiquement modérés à gauche ou à droite, qui ne mettent pas l'histoire au service de leur idéologie. Ce serait à eux à se manifester et à définir quelques règles. La descrition de l'origine des causes des batailles de Grandson et Morat par Maxime Reymond, montre à l'évidence que cet historien n'a rien caché et qu'il est possible de décrire l'histoire sans passion politique.
Ecrit par : Christian Favre | 17.05.2010
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