03.03.2010
Prix unique du livre - Réponse à M. Ivan Slatkine
Monsieur Slatkine,
Je réagis ici au texte qui m’était adressé par votre blog interposé (http://ivanslatkine.blog.tdg.ch/archive/2010/03/02/prix-unique-du-livre-reponse-a-m-philippe-nantermod.html)
Que les choses soient claires d’emblées, même si je ne prétends pas être un « grand lecteur », j’aime lire, je lis, et j’achète toujours avec plaisir des ouvrages tant sur Internet ou chez Payot que dans des petites librairies.
Là où vous vous trompez, à mon avis, c’est lorsque vous affirmez que « le livre n’est pas un produit de consommation courant ». Je ne vois pas ce qui vous permet de l’affirmer de manière si péremptoire. Certes, le livre est culturel. Et alors ? Est-ce incompatible ? Quid d’un DVD, d’un CD, d’une toile d’artiste ? Quid du livre audio ? Une pomme de terre est agricole, cela en fait-elle autre chose qu’un produit de consommation courant ?
L’affirmation sur le caractère non courant ou non consumériste du livre vous permet d’imposer un traitement différencié pour un produit qui est en réalité un vrai produit commercial, bien davantage que les produits de première nécessité ou que les médicaments, par exemple. Le temps des moines copistes est révolu et l’impression d’un ouvrage n’a plus grand chose de sorcier. L’objet, même s’il est beau, n’en est pas moins devenu un produit de consommation .Un éditeur, et vous ne me contredirez sans doute pas, est aussi soumis aux règles du marché, à la nécessité de rentabilité, doit s’abaisser parfois à faire du marketing pour les produit qu’il vend et est très certainement soumis au Code des obligations. Bien sûr, il agit pour la culture, promeut des auteurs de qualité, souvent compense des opérations non rentables par d’autres plus lucratives, mais je ne vois pas en quoi cela diverge d’un autre chef d’entreprise en général, ou encore, de manière plus flagrante, du directeur d’un label musical.
La diversité culturelle ne s’obtient pas forcément à coup de législation contraignante ou de subventions. Au contraire, je pense que la concurrence peut mener à une amélioration de la qualité. Les pays qui ne connaissent pas de prix unique du livre ne sont pas pour autant devenus des déserts culturels. Les grandes améliorations technologiques se sont faites dans le cadre d’un marché ouvert, je suis persuadé que la compétition peut accoucher des plus belles œuvres imaginables.
Certes, la vie est dure pour les petites librairies. Pour les épiceries, les boulangeries, les disquaires et les kiosquiers indépendants aussi. Le fait de bénéficier de salaires supérieurs en Suisse ne justifie nullement un prix unique. Les vendeurs de fers à repasser font aussi face à des salaires et des charges supérieurs et ne profitent pas de prix unique. Je ne saisis pas pourquoi le libraire devrait être traité à une autre enseigne.
Vous êtes éditeur et je comprends que vous défendiez votre métier. Les banquiers trouvent aussi ces jours d’excellentes excuses pour que les Etats les aident, les agriculteurs aimeraient des interventions étatiques plus musclées. De même, les employés de Reconvillier ont certainement estimé que leur situation justifiait un traitement différencié.
L’industrie du disque s’est crue toute puissante il y a quinze ans. Les premiers lecteurs MP3 faisaient rire et le téléchargement sur internet était quasiment inexistant. Le résultat ne s’est pas fait tellement attendre et il a fallu que les Majors se retrouvent à genoux pour qu’ils tempèrent leur arrogance et cessent de considérer que seules les procès et les lois leur permettraient de répondre aux nouvelles modes de consommation.
Le livre est aujourd’hui dans la même situation.
Prétendre que la tablette numérique est complémentaire au format papier me semble assez illusoire : pensez-vous véritablement que ceux qui achètent des iPod n’écoutaient pas de musique avant le MP3 ? Croyez-vous vraiment que celui qui fera l’acquisition d’un Stendhal en version numérique s’embarrassera aussi d’un exemplaire papier ? Miser là-dessus me semble plutôt risqué, mais c’est votre métier et je n’ai pas la malhonnêteté de vous donner des leçons.
Ce qui est certain, c’est que le prix unique ne s’appliquera jamais qu’aux acteurs suisses du livre. Les concurrents américains qui produiront les livres électroniques de demain ne seront pas soumis à ces contraintes légales et la concurrence n’en sera que plus difficile pour les compétiteurs helvètes.
En tant que libéral-radical, sachez que j’ai toujours autant de plaisir à débattre et j’espère que nous aurons l’occasion de croiser à nouveau le fer sur cette question, épineuse.
Philippe Nantermod
PS : Rassurez-vous, je critique aussi les tarifs des opérateurs téléphoniques en Suisse, vous pourrez d’ailleurs lire diverses interventions à ce sujet.


Commentaires
Cher Monsieur Nantermod,
Il y a la théorie, que l'on apprend à l'Univesité et puis il y a la pratique, que l'on développe à travers son activité. Si le seul critère est celui de la rentabilité à tout prix et si votre vision du monde se résume à la consommation de masse, alors oui vous avez certainement raison. Mais personnellement si je partage l'idée d'une société libérale, responsable et aussi solidaire, mon guide n'est pas uniquement celui des critères économiques. La pensée humaine va bien au-delà et si nous ne souhaitons pas vivre à termes dans une société d'illétré, alors je persiste et signe, certains marchés ne peuvent pas être régis par la simple et seule loi de l'offre et de la demande.
Enfin, je pense personnellement que vous vous trompez quand vous dites que nous nous dirigeons vers le tout numérique. A ma connaissance la TV n'a pas tué la radio, le numérique n'a pas encore tué l'offset, et il restera toujours des personnes qui resteront attachée au livre papier, qui apprécient d'avoir une bibliothèque et qui ne vivent pas uniquement dans le monde virtuel. L'un n'empêche pas l'autre.
Sachez aussi qu'un "nouveau roman" en France (60'000'000 de consommateurs) se vend en moyenne à 800 exemplaires au mieux. Le livre n'est pas un produit de consommation de masse contrairement aux salades ou aux couches pampers et cela vous semblez quelque peu l'ignorer.
Enfin, le jour où un éditeur américain s'intéressera à la culture suisse voire suisse romande, alors là je pense que je pourrai devenir Pape.
Bien à vous.
Ivan Slatkine
Ecrit par : Ivan Slatkine | 03.03.2010
Monsieur Slatkine,
Je n'ai pas appris les théories économiques à l'université et j'ai une approche pragmatique de la questions.
Les livres sont déjà très chers en Suisse. Prétendre qu'en augmenter le prix permettra de diminuer le nombre d'illettrés me semble pernicieux.
Non, le nombre d'exemplaire ne change rien à la valeur commerciale d'un ouvrage, un livre est un produit qui se vend. Plutôt que de le comparer aux pampers, vous pourriez essayer de faire une comparaison avec d'autres produits culturels: disques, DVD, places de cinéma, places de théâtre, oeuvre d'art, etc. Aucun de ces produits ne connaît de prix unique.
Vous n'avez en tous cas pas expliqué pourquoi certains marchés ne pourraient pas être régis par l'offre et la demande.
Vous êtes libéral, membre d'un parti qui prône la liberté économique et la responsabilité individuelle. J'ai un peu l'impression que ces principes sont merveilleux quand ils s'appliquent aux autres.
Quant à savoir si les éditeurs américains s'intéressent à la culture suisse ou romande, je vous renvoie à iTunes qui propose déjà des petits artistes romands, ou à MySpace qui offre une vitrine pour passablement d'orchestres helvétiques. J'ajouterai que l'on a vu des oeuvres d'auteurs suisses reprises au cinéma américain, la caricature que vous faites de la culture américaine me semble bien faible. Vous risquez de devoir vous faire pape plus tôt que vous ne le pensez.
Bien cordialement,
Philippe Nantermod
Ecrit par : Philippe Nantermod | 03.03.2010
J'adore ce point de vue corporatiste : un livre, c'est sacré. Sous-entendu, mon business est sacré parce que je vends des livres, saperlipopette, pas des Pampers ou des salades. On se moquerait avec raison d'un fabricant d'ampoules à incandescence qui, face à l'affaissement brutal de ce marché, se mettrait soudain à clamer que les ampoules à incandescence ne sont pas une marchandise comme les autres, que cette petite flamme sous vide représente toute l'humanité sortie des ténèbres, etc. Mais qu'un éditeur francophone se pointe et dise que la marchandise qu'il fourgue ne doit pas être considérée comme de la marchandise et on l'écoute avec un respect attendri.
Voilà typiquement le discours hérité de la politique française d'exception culturelle, un truc totalement défensif et corporatiste inventé par une industrie culturelle bourrée de complexes et incapable de produire autre chose pour se distinguer de la culture anglo-saxonne qu'un vaste mépris frustré, comme cette référence ci-dessus à l'éditeur américain supposé idiot et ignorant de la culture romande. Quand bien même la littérature américaine est l'une des plus remarquablement vivace depuis 70 ans.
Une des différences, c'est que l'éditeur américain se considère avant tout comme un marchand et qu'il se soumet aux lois du marché du livre, un marché certes particulier comme tous les marchés, mais un marché. Les éditeurs et les cinéastes et les acteurs, de ce côté-ci de l'Atlantique, vivent en revanche beaucoup de subventions diverses et d'aides à la création et j'en passe. J'ai bossé pour un gros producteur de cinéma parisien et l'une des tâches principales consistait à remplir les formulaires de demandes d'aide. En Suisse romande, trouvez-moi un bouquin (y compris les miens) dans lequel il ne soit pas écrit d'entrée "avec l'aide des Affaires culturelles de la Ville de..." ou "du Canton de...".
Le résultat de cette perspective sur la culture qui fait dire à ses producteurs que le livre le film ne sont pas des biens comme les autres, c'est une lente et certaine désertion au profit, précisément, des produits qui assument cette réalité. On achète un livre pour le consommer, exactement comme une salade ou une couche Pampers. On le consommera avec les yeux et l'esprit et le souvenir demeurera ou ne demeurera pas, exactement comme on mange une salade dont le goût, ou l'absence de goût, nous marquera. Crier que le livre n'est pas une marchandise comme les autres est une attitude qui, hélas, parvient à ses fins : en définitive, le livre est mis de côté, sacralisé, mis sous cloche et asphyxié. Si nous voulons un jour retrouver un monde de l'édition vif et indépendant, idéologiquement et financièrement, il serait peut-être temps de comprendre qu'un éditeur est un marchand, pas un artiste.
Ecrit par : david laufer | 03.03.2010
L'eau et le livre, même combat!
l'un désaltère impérativement, l'autre nourrit l'esprit, l'intellect!
Monsieur Nantermod, écoutez-vous, relisez-vous, vous ne débattez pas!
Vous jacasser comme une pie!
On se rend compte tous les jours du manque de lecture du livre; car les fôtes courantes des nouvelles technologies sont maintenant reprises, s'étendent comme de la poussière et plus personne ne s'y retrouvera au final.
Le livre élaboré, construit, corrigé, véhiculant un message ou une pensée est encore une source de culture et de savoir. Ce qui n'est pas le cas des médias et autres supports qui eux propagent des messages sans sources vérifiées, voire inexactes.........et cela donne la "culture" que l'on constate chez les jeunes notamment.
Rose, ton pastel
fait les lèvres belles.
Rose, fleur épanouie
orne une table réjouie.
Rose, prénom d'antan
résonne comme un chant.
Ecrit par : Corélande | 03.03.2010
Ah ben je suis d'accord avec M. Laufer de ce coté là.
"l'un désaltère impérativement, l'autre nourrit l'esprit, l'intellect!"
Euh... tout dépends de comment interpréter nourir, je dirais plutot pour certain, qu'il fait tourner les tete ou donne de mauvaise idée.
"et plus personne ne s'y retrouvera au final."
Les gens qui ne s'y retrouve pas, sont généralement les personnes qui ont refusé de s'adapter à l'évolution.
Ce qui n'est pas juste, pas faut mais ca engendre certain soucis par la suite.
"et cela donne la "culture" que l'on constate chez les jeunes notamment. "
TOus ne sont pas des chanteur "de rap"...
Le livre est un moyen comme un autre de partager des idées, des histoires, des avis, etc... Il n'y pas à être considéré comme plus noble qu'un autre. Si ce n'est peut-être sur le plan écologique ou le recyclage du papier se traite bien mieux que les compsants électroniques.
Ecrit par : DdDnews | 03.03.2010
"Si nous voulons un jour retrouver un monde de l'édition vif et indépendant, idéologiquement et financièrement..."
...on ne sera plus obligé d'aller chercher en Amérique les livres qui racontent ce qu'il se passe en Europe, comme "Reflections on the Revolution in Europe: Immigration, Islam, and the West", de Christopher Caldwell, ou "While Europe Slept: How Radical Islam is Destroying the West from Within", de Bruce Bower, et ça ne fera pas plaisir au struthionidé BCBG que vous êtes, Laufer.
Ecrit par : Scipion | 03.03.2010
Ou comment Scipion cancérise tous les blogs pour ne parler que et strictement que d'Islam, même ou surtout lorsque le sujet ne s'y prête pas, avec des grôôsses fautes d'orthographe en cadeau bonus.
Ecrit par : david laufer | 03.03.2010
Laufer.....pour les fôooootes vous pouvez vous relire et mettez-y un miroir, histoire que cela reflète!
Ecrit par : Corélande | 03.03.2010
J'encourage M. Laufer à faire publier ses ouvrages aux USA et ce sans subvention. Cela semble si facile.
Enfin je vous encourage aussi à lire le livre d'André Schiffrin "L'édition sans éditeurs". Peut-être que cela vous apportera un autre éclairage sur la question.
Ecrit par : Ivan Slatkine | 03.03.2010
"Laufer.....pour les fôooootes vous pouvez vous relire et mettez-y un miroir, histoire que cela reflète!"
Laissez Corélande, la mise en évidence des fautes d'orthographe est le fond du fond de la vacuité en matiére de controverse. Et se faire reprocher ses fautes par un rombier qui parle de cadeau "bonus"... :o)
Ecrit par : Scipion | 03.03.2010
Vous avez malheureusement raison, mais vous pouvez largement étendre cette réflexion à tout ce qui s'affuble du mot culturel. La culture est devenue une imposture entrenue par des privilégiés et d'autres qui souhaiteraient le devenir. Le cinéma, le livre, la musique, imposent des méthodes pour le moins constestables, telle la médiatisation du circuit de la propagande, qui donne des pouvoirs exorbitants aux médias.
Ecrit par : gutenberg | 03.03.2010
"J'encourage M. Laufer à faire publier ses ouvrages aux USA et ce sans subvention."
C'est un pléonasme. Ce qui ne veut évidemment pas dire que c'est facile, surtout si l'on écrit en français.
Ecrit par : david laufer | 03.03.2010
On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif! M. Nanternod en sait quelque chose! Il mélange tout, veaux, vaches, couvées. Il ne lit pas de livres. Surtout pas les beaux livres de Slatkine. Autant d'obstination dans l'arrogance et l'ignorance est stupéfiant. Un vrai champion du monde!
Ecrit par : Jmo | 03.03.2010
Je ne lis pas ? Vous tirez ça d'où ?
Ecrit par : Philippe Nantermod | 03.03.2010
Je souligne en passant que les livres de Slatkine sont effectivement fort beaux, comme le rappelle très justement JM Olivier. Surtout "Le milieu du monde" de Gilbert Salem, passé inaperçu et pourtant un des plus émouvants compte-rendus sur le canton de Vaud aujourd'hui. Ceci pour dire qu'il n'y a pas de lien entre la qualité d'un livre et les subventions qui le soutiennent : il faudrait éviter de faire cet amalgame facile mais totalement faux.
Ecrit par : david laufer | 03.03.2010
"Le cinéma, le livre, la musique, imposent des méthodes pour le moins constestables, telle la médiatisation du circuit de la propagande, qui donne des pouvoirs exorbitants aux médias."
On peut sans autre ajouter le marché de l'art à votre triptyque.
Ecrit par : Scipion | 03.03.2010
Scipion, le marché de l'art, c'est notamment l'endroit où se monnaient et s'échangent le cinéma, le livre et la musique. Ça n'est pas un complément à ces trois formes d'expressions. Il y a les choux, les navets et les carottes et le marché des fruits et légumes, qui n'est pas un légume en soi. Vous comprenez ?
Ecrit par : david laufer | 03.03.2010
La question n'est pas tant de savoir si le livre est un produit de consommation ou pas - fi des étiquettes- elle est bien davantage de savoir s'il en mérite le même traitement. Il me paraît évident que cela n'est pas le cas. On ne peut décemment mettre le livre sur le même étalage qu'une pomme de terre ou qu'une savonnette. Les consommateurs se le procurent de la même manière ? C'est là bien leur seul point commun.
Voilà trois raisons, parmi tant d'autres, qui justifient son traitement particulier. Son rôle à nul autre pareil dans l'histoire de notre civilisation atteste du pouvoir extraordinaire de ce médium et laisse à penser qu'il ne s'éteindra pas de sitôt. Le jour ou l'IPad portera une nouvelle religion, une réforme, une révolution, une renaissance artistique ou encore une guerre mondiale; j'essaierai de devenir Pape à la place de Mr Slatkine.
Sa nature même - il reste, et restera toujours le médium le plus noble et le plus pratique de toute les idées - mérite d'être défendue face à l'invasion numérique.
Ses caractéristiques propres d'objet commercial - chaque livre est unique, sa qualité est difficilement appréciable, sa rentabilité pas toujours proportionnelle à sa qualité, son prix n'a pas la même valeur décisive que pour d'autres biens - rendent nécessaire qu'il soit protégé.
Qu'une marque de dentifrice fasse faillite, un dommage économique et (localement social) est à craindre. Que les auteurs les moins rentables ne puissent plus être publiés, et par conséquent plus lus, c'est un péril pour plusieurs piliers fondateurs de notre démocratie (et de notre libéralisme); libertés de pensée, d'information et de l'art en tête. Il y a bien trop en jeu pour que l'on le laisse entièrement entre les mains des "habitudes de consommation" et des géants de la technologie (toujours si soucieux de la diversité culturelle).
Si l'on pouvait dire des pommes de terre, comme Ampère et Hugo le firent pour les livres, qu'elles "font les époques et les nations, comme les époques et les nations les font" ou encore que "la lumière s'y trouve", qu'il faut "les ouvrir tout grand pour les laisser rayonner", mon avis serait certainement autre.
Pour l'heure, je me contenterai de Roca, qui le compare à l'homme politique, car, dit-il, "il n'est rien sans l'électeur".
Clément Bachmann, témoin de la diversité des Jeunes Libéraux Radicaux
Ecrit par : Clément Bachmann | 03.03.2010
Pour M. Nantermod, un livre à colorier suffira.
Ecrit par : Rollmops | 03.03.2010
Clément, je conçois que tu voue une admiration particulière pour le livre, je dois dire que j'apprécie aussi les livres et je te suis quant à son poids dans l'Histoire.
Remarque que le pain est un objet au moins tout autant symbolique de notre humanité.
Par contre, il n'est pas question ici de la survie des maisons d'édition, mais des petites librairies. Et là, tu ne peux quand même pas dire que la librairie est autre chose qu'un commerce.
Par contre, en ce qui concerne le traitement particulier, je ne te suis pas.
Médium le plus noble et le plus pratique ? Je pense que la presse est un bon concurrent.
Chaque livre unique ? Pas davantage qu'un film ou qu'un disque.
Précisément, comment justifies-tu la différence de traitement entre le livre et le disque ? Entre le livre et le DVD ? Entre le livre et la sculpture, l'oeuvre peinte ? Et le ticket de cinéma ? Et le ticket de théâtre ?
Ecrit par : Philippe Nantermod | 03.03.2010
Rollmops: vous devriez en écrire, des livres. Vous êtes plein d'esprit.
Ecrit par : Philippe Nantermod | 03.03.2010
Monsieur Nantermod,
Non, contrairement à ce que vous affirmez, vous ne lisez effectivement pas les livres, vous les consommez! La nuance est d'importance, mais ne doit pas être perceptible pour quelqu'un qui est consommateur uniquement.
Ecrit par : Père Siffleur | 03.03.2010
Concrètement, c'est quoi la différence alors ?
Ecrit par : Philippe Nantermod | 03.03.2010
"Vous comprenez ?"
Ce que je comprends, c'est que l'anglo-saxon que vous souffrez de ne pas être ignore le sens usuel d'une formule qui désigne principalement des expressions artistiques telles que la peinture, la sculpture, la poterie, le mobilier, les bibelots, l'horlogerie, le livre précieux, etc., etc.
Si vous souhaitez approfondir la définition de cette expression, vous devriez trouver pas mal d'éléments sur le site "artprice.com" qui s'autoproclame "Leader mondial de l'information sur le marché de l'art". Vous ne pouviez rêver mieux et, cerise confite sur le gâteau, il existe aussi en... ANGLAIS :o)
Ecrit par : Scipion | 03.03.2010
Je ne doute pas un instant de ton intérêt pour les livres, et encore moins de ton attachement à la diversité de l'offre culturelle.
Le pain a ceci de différent que sa diversité n'a, quant à son poids historique, aucune sorte d'importance. Si la Suisse devait se retrouver à ne manger plus que du pain paillasse, hypothèse pour le moins plausible, je serai certes agacé par la soudaine monotonie de mes pauses de midi, mais je ne m'inquiéterai pas autrement pour la survie de la diversité culturelle, de la libre-pensée et du patrimoine culturel romand.
Je ne connais pas les particularismes du marché du livre suisse, mais il me semble que, plus que dans aucun autre domaine, la bonne santé et la variété de l'offre dépend de la bonne santé et de la variété de l'ensemble de ses acteurs. Face à l'avalanche de "produits" étrangers disponibles sur internet et dans les grandes surfaces, à l'apparence conçue pour être des plus attirantes, sur lesquels on trouvera nombre d'informations, d'articles ou d'avis, il n'y a guère que les "petits" libraires de quartier pour valoriser les auteurs inconnus, locaux ou marginaux. Lorsque monsieur Slatkine dit que la survie des petites maisons d'éditions en dépend, je le crois volontiers.
Il est dommage de faire aussi peu de cas du principe tout helvétique de la la consultation des milieux intéressés sous prétexte qu'ils ne feraient que de défendre leurs intérêts. On ne s'engage certainement pas dans l'édition par appât du gain, mais par passion. Je crois que lorsque les "milieux du livre" s'expriment aujourd'hui, c'est animés par leur passion du livre et par leur désir de préserver sa diversité.
Il y derrière ce débat également une question de principe ; il n'est pas souhaitable que l'offre culturelle soit contrôlée par un nombre restreint d'intervenants. D'autant plus s'il s'agit de multinationales étrangères. Si les mesures proposées permettent de freiner cette concentration de pouvoir, elles méritent d'être défendues pour cette seule raison.
Quant à tes comparaisons, un peu trop hâtives je trouve.
La presse n'a pas du tout la même fonction que le livre, et son monde ne fonctionne pas du tout de la même manière. En outre, il n'y qu'à regarder le prix que l'on paie en Suisse pour un quotidien étranger pour constater qu'elle bénéficie déjà d'un traitement favorable.
Internet et un peu de matériel suffisent à un artiste pour diffuser sa musique dans le monde entier. Il n'en va pas de même pour un écrivain.
L'oeuvre peinte et la sculpture n'ont rien à faire dans ce débat, étant entendu qu'elles sont toutes deux produites à un nombre très restreint d'exemplaires et qu'elles sont destinées à un public bien plus limité. Qui plus est, le domaine ne vit pas sa période la plus austère.
Quant au cinéma, je ne savais pas qu'il existait des magasins de DVDs de quartier dans lesquels un passionné nous aidait à découvrir "la perle rare". Il en existe, à vrai dire, mais dans un domaine qui n'a rien de culturel. La Suisse est à mon sens, dans ce domaine, davantage confrontée à des problèmes de qualité, que de diversité.
http://clementbachmann.wordpress.com
Ecrit par : Clément Bachmann | 03.03.2010
Monsieur Nantermod,
La différence?
Mais elle est énorme la différence!
Elle est aussi importante que celle qui existe entre CONSOMMER un sandwitch vite fait sur le pouce ou même un McDo et DÉGUSTER un vrai plat mitonner avec plaisir et mangé avec des amis. Dans le premier cas vous avez nourri votre corps uniquement, dans le second, en plus, vous vous êtes nourri d'amitié, de culture, de plaisir.
Pour les livres il en est de même! Vous le CONSOMMEZ, vous ne le DÉGUSTEZ pas. Pour vous, la CONSOMMATION terminée vous avez nourri votre cerveau et vous pouvez dire "Voilà, c'est fait!" et compléter par "Oui, je l'ai lu" dans tous les dîners en ville, lors du repas avec Couchepin par exemple (voir le Temps d'hier).
Avec votre idée "marchandise" (et uniquement marchandise) du livre, il est certain que vous ne vous en faites pas l'objet qui restera à portée de main. Que vous pourrez reprendre et relire et que votre esprit le DÉGUSTE. Qui vous fera envie d'en lire d'autres du même auteur. De vous imprégner de ce livre... Gros problème: si on se laisse imprégner par d'autres (les auteurs), il y a moins de place pour le "moi"!...
Et plus je vous "côtoie", plus mon impression se conforte, plus je suis certain que ce "moi" fera que jamais vous ne lirez, vous continuerez de consommer... Vous n'allez pas comprendre la différence que j'essaie de vous expliquer...
Ecrit par : Père Siffleur | 05.03.2010
Mouais, c'est bien joli, je comprends toujours pas ce qui vous permet de dire que je lis des livre d'une manière différente de vous, et si je saisis la distinction entre consommer un MacDo et un "Rochat", la différence entre lire un Zola et consommer un Zola m'échappe vraiment.
Ca me semble un peu fumeux comme théorie...
Ecrit par : Philippe Nantermod | 05.03.2010
Monsieur Nantermod,
J'avais bien prévu que vous ne comprendriez pas ce que j'essayais de vous expliquer! Dernier essai en reprenant votre propre exemple au sujet de Zola... Même si c'est très probablement sans espoir!
Si vous aviez lu et non pas consommé du "Zola", vous n'auriez pas les positions politiques que vous nous présentez sur votre blog... et ailleurs!
PS: Je n'ai jamais fait une distinction entre McDo et Rochat, je ne connais sa cuisine que par ouie dire... La différence n'a été faite qu'entre McDo et un vrai plat mitonner avec plaisir et mangé avec des amis.
Pour vous, avec le statut du "jeune-loup-qui-veut-arrivé-à-tous-prix", il est évident qu'il ne peut s'agir que de Tables de Grand Luxe où on ne mange pas vraiment avec des amis, mais avec des relations politiques ou d'affaire.
Nous ne vivons définitivement pas sur la même planète: la vôtre n'est faite que d'affaires, d'actions faites en fonction d'un résultat politique qui pourra, plus tard, se transformer en résultat financier!
Même si vous consommez chez Rochat, je ne vous envie pas pour autant!
Ecrit par : Père Siffleur | 07.03.2010
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