22.10.2009

L’art d’inventer des problèmes pour mieux les résoudre

La Suisse connaît une période de crises. Economique tout d’abord, avec les coups de boutoir de nos concurrents qu’accuse notre place financière, un taux de chômage en hausse ou encore l’augmentation dramatique du coût des assurances sociales. Crise institutionnelle ensuite, franchement éclatante dans le conflit libyen ou plus larvée à l’image des dysfonctionnements perpétuels du gouvernement fédéral. Il y a ceux qui planchent sur ces crises, qui cherchent à leur trouver une issue favorable. Il y a les autres, ceux pour qui les problèmes sont ailleurs.

C’est par exemple le cas des partisans de l’initiative « contre la construction de minarets », selon lesquels 400'000 combattants musulmans vivent en Suisse, dont une bonne partie bénéficient de la nationalité suisse et sont « chez eux » comme moi, bon chrétien. Quiconque suit quelque peu l’actualité doit constater que ce presque demi million de personnes est très bien intégré, qu’il ne crée pas de problèmes particuliers.

Nous avons la chance en Suisse de ne pas subir les conflits que connaît notre voisin français avec une communauté islamique revendicatrice, peu républicaine pour ne pas dire parfois carrément violente, dans le verbe et dans les actes. Nous avons la chance que « notre » communauté musulmane ne voit pas d’un mauvais œil l’idée de se soumettre à l’ordre juridique qui nous lie, et s’accommode en général sans broncher d’une tradition chrétienne parfois bien présente, pour ne pas dire envahissante pour celui qui ne se reconnaît pas dans la religion du Christ. A titre d’exemple, je n’ai pas encore vu de fatwa contre les tribunaux valaisans qui affichent ostensiblement un crucifix dans ses salles d’audience. Globalement, on peut se féliciter d’une intégration réussie. J’imagine qu’il ne viendrait même pas l’esprit de l’écrasante majorité des musulmans de procéder à une distinction entre la « loi de Dieu » et la « loi des infidèles » pour préférer la première. Ces débats sont surtout théologiques et ne touchent pas au quotidien nos concitoyens fidèles d’Allah.

Il existe en Suisse quatre minarets. Cinq si l’on ajoute celui construit par Louis Suchard pour des raisons esthétiques sur le toit de son usine neuchâteloise. C’est peu. Il y a eu quelques demandes de construction supplémentaires qui se heurtent au droit public des constructions.

Les partisans de l’initiative « contre la construction de minarets » partent d’un constat assez surprenant : nous serions actuellement en guerre contre la civilisation musulmane qui chercherait à nous coloniser. Les minarets seraient des espèces d’avant-postes préparant l’invasion, par la bande évidemment. Cette vision paranoïaque contredit une sorte de présomption d’innocence publique. Elle contredit surtout ce que n’importe quel observateur de bonne foi constaterait. Evoquer les voitures brûlées dans le 93 n’est pas un argument, pas plus que la saison des pluies indienne justifierait la troisième correction du Rhône.

La plupart des musulmans ne revendiquent pas de minaret, preuve en est la quantité négligeable de demandes. L’initiative « contre la construction de minarets » cherche à résoudre un problème qui n’existe pas. Le minaret en tant que tel n’est pas une question puisque presque inexistant chez nous, pas davantage que l’Islam vu la bonne entente entre les religions de notre pays.

A contrario, le texte proposé s’applique à en créer, des problèmes. Il n’est qu’un moyen d’humilier en Suisse tous ceux qui se revendiquent de la plus grande religion du monde. Elle ne sert qu’à montrer du doigt des gens qui n’avaient jusqu’ici rien à se reprocher. Elle interdit un symbole d’une religion donnée, au motif que certains de ses fidèles se seraient comportés de manière inacceptable, ailleurs. Quand on est musulman comme je suis chrétien, il n’est pas besoin d’être pratiquant ou intégriste pour se sentir visé par une initiative de cet acabit.

La violence existe en Suisse. Elle est – par exemple – le fait de dizaines de hooligans qui démolissent rituellement tous les dimanches les abords des stades de football. Pour eux, nulle initiative, pour eux pas de dénonciation, pas de grande déclaration. Le « courage » qu’ont certain à « dénoncer » des problèmes qui relèvent du fantasme de guerre des civilisations serait bien plus utile s’il était employé pour solutionner de vrais problèmes. Mais je l’admets : quand on est d’extrême droite, il est tout de même plus facile de vomir sur les musulmans que de s’attaquer aux petits fachos qui cassent à coup de chaine de vélo au nom d’un match nul. On ne crache pas sur son électorat, c’est de bonne guerre.

Si l’initiative sur les minarets devait être acceptée le 29 novembre prochain, nous prenons le risque de casser la bonne entente qui prévaut entre les citoyens de croyances différentes. Nous prenons le risque précisément d’apporter en Suisse un peu de rancœur, de jeter l’opprobre sur une collectivité, de créer une identité musulmane opposée à une identité nationale.
Et si elle devait se voir refusée, nous compterons peut être 3 ou 4 minarets de plus en Suisse dans 30 ans. Non, l’enjeu n’en vaut pas la chandelle.

07.10.2009

Initiative 1:12, une escroquerie sociale

Certains abusent de la peur comme moteur électoral, les jeunes socialistes vont encore plus loin dans l’exploitation des sentiments les moins nobles de l’homme. Avec leur initiative 1:12, les jeunes socialistes offrent un exutoire aux jalousies et aux frustrations populaires.

Une bonne poignée de top managers gagnent en Suisse des salaires gigantesques, rationnellement inexplicables, souvent indécents. C’est évident. Et après ?

Vous voulez que le pauvre se sente moins pauvre ? C’est facile, pendez le riche. Il est autrement plus facile de casser le quotidien des mieux lotis que d’améliorer celui des plus démunis, d’autres plus à gauche l’avaient déjà compris. Aussi simpliste qu’il peut l’être, ce raisonnement a été directement appliqué pour mettre sur pied l’escroquerie sociale qu’est l’initiative lancée par nos amis les jeunes socialistes.

Seulement voilà, ces robins des bois modernes ratent leur cible et se paient les plus démunis en guise de dommage collatéral. Daniel Vasella a gagné la monstrueuse somme de 40 millions de francs l’an passé. Canton, commune, confédération, le patron de Novartis a laissé environ la moitié aux impôts, soit 20 millions de francs. En plafonnant son revenu à un peu moins d’un million de francs, c’est surtout l’Etat qui subira cette baisse de revenu. Appliquée à tous les cadres grassement payée, cette initiative est un véritable siphon pour les finances publiques. Et cela sans évoquer les assurances sociales : Daniel Vasella a laissé en 2008 pas moins de 4'400'000 francs à l’AVS, soit l’équivalent de 1930 rentes mensuelles maximales.

Et la redistribution, me direz-vous ! Je ne crois pas un instant que la masse salariale ici économisée sera redistribuée auprès des bas salaires. Au vu des comptes des sociétés en cause, on peine à imaginer que c’est le salaire des dirigeant qui freine les augmentations salariales.
En réalité, les premiers bénéficiaires de l’initiative « 1:12 » seront les actionnaires qui verront le résultat de leur entreprise prendre (un peu) de couleur. Et si ceux-ci considèrent comme un désavantage le risque de ne plus être concurrentiel sur le marché des cadres, ils pourraient simplement s’amuser à passer d’un côté plus intéressant de nos frontières.

Du côté des perdants ? A votre avis, de Marcel Ospel ou de M. Toutlemonde, qui souffrira le plus de la fermeture d’écoles ou de transports publics ?  Le premier s’en accommodera facilement, je n’en doute pas. On repassera pour le second. 
D’ordinaire, les JUSO clament haut et fort que pour financer leurs projets dispendieux, y’a qu’à prendre aux riches. Curieuse initiative socialiste qui revient à appliquer dans tous les sens du terme leur slogan habituellement creux de la « politique des caisses vides ». Utiliser la jalousie des travailleurs pour mieux les rouler ; il est beau le socialisme !

02.10.2009

En toute franchise

Le système de santé suisse bénéficie d’un double financement : la part solidaire et la part individuelle. Le premier s’appuie sur la collectivité, soit sur des caisses maladies auxquelles l’affiliation est obligatoire. Cette solidarité se concrétise par les primes maladies élevées dont chacun s’acquitte régulièrement. Le second financement s’appelle franchise. Elle est la part des dépenses qui doit être pris en charge par l’individu. En d’autres termes, la part des soins que l’assurée est d’accord et en mesure de prendre seul à sa charge.

Certains estiment être légitimés à « consommer sans compter » dès lors qu’ils paient des primes maladies élevées. Ce raisonnement est faux, voire néfaste : les primes maladies ne paient pas vos soins, mais ceux de tout le monde. Un peu comme si on estimait avoir le droit à des prestations AI sous prétexte que l’on en paie les cotisations.

Analysons le montant de la franchise. Son minimum s’élève à Frs. 300.- par an. Soit Frs. 25.- par mois. Au-delà de ces Frs. 25.- par mois, le système estime que le plus démuni n’est plus capable de s’assumer seul.

A ce rythme-là, ce n’est plus une assurance sociale, c’est de l’assistanat. Vu les salaires helvétiques, vu les dépenses des Suisses, pour un bien aussi important que la santé, Frs. 25.- par mois, soit à peine plus qu’un ticket de cinéma, c’est une blague. On ne peut décemment affirmer que « la santé n’a pas de prix » et refuser de dépenser plus de Frs 25.- par mois pour la sienne.

De ce double financement, il est temps de réduire considérablement la part « solidaire ». Les primes doivent baisser. Et pour cela, les franchises augmenter. Considérablement. La solidarité doit assurer au cancéreux de ne pas être jeté à la rue par l’énormité des coûts de son traitement. Pas à rembourser un traitement, certes cher, mais abordable pour tout un chacun.

Je propose que l’on demande au citoyen d’assumer les 180 premiers francs que coûte sa santé par mois. Cela correspond à une franchise annuelle de Frs. 2’160.-. C’est un minimum qui me paraît acceptable. La formule permettrait de diminuer considérablement les dépenses « bagatelles » pour la collectivité, sans pour autant grever trop considérablement le budget des plus malades et des plus démunis.

Pourquoi ce chiffre ? Il est symbolique. Un bon fumeur et son paquet quotidien dépense plus de Frs. 180.- par mois pour son vice, et ce ne sont pas forcément les plus riches qui fument le plus. Si on peut dépenser une somme pareille pour se détruire la santé, on peut bien imaginer en dépenser à peu près autant pour la soigner.

Quant aux plus démunis, aux plus pauvres de ce pays, qui rament déjà aujourd’hui pour payer les Frs. 25.- de la franchise d’aujourd’hui, les économies réalisées sur le subventionnement des primes devra, comme aujourd’hui, leur être affecté. Parce qu’il n’est quand même pas question de flinguer la solidarité pour autant.

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